Mercredi 8 avril 2009
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23:29
On a beaucoup parlé....
Lors de la journée nationale d'action interprofessionnelle du jeudi 19 mars 2009, on a entendu beaucoup de discours.
On a beaucoup parlé de Mai 68, comme un exemple, comme un retour 40 ans plus tard (avec les retards de trains!).
On a beaucoup parlé des Antilles, et notamment de la Guadeloupe, comme un exemple à suivre, comme un combat gagné (voir la première page du magazine CQFD de mars
pour avoir une liste, exhaustive, mais déjà impressionnante, des revendications acquises), comme une victoire arrachée face aux patrons et au gouvernement handicapé (sourd et aveugle tout du
moins).
Mais ce dont on parle moins, c'est des Antilles en Mai 68, c'est de l'exemple historique de mouvements sociaux que nous offre la Guadeloupe.
Mai 68, date chère au cœur de pas mal de français... Mai 68 date qui occulte trop facilement Mai 67.
Car un an avant que l'hexagone se rebelle, il y eut en Guadeloupe un exemple fort et tragique.
Lors d'une manifestation visant à soutenir les syndicats lors d'une réunion pour la négociation d'une augmentation salariale de 2,5%, le bruit court qu'un patron
blanc aurait dit « quand les nègres auront faim, ils céderont ! ». Le racisme se liant au mécontentement général, l'exaspération grandit chez les manifestants et certains lancent des
coquillages sur les CRS venus de métropole en nombre. Ceux-ci répondent, sans sommations par des tirs à balles réelles qui font plusieurs victimes, surtout des militants engagés.
La colère s'empare alors de l'île entière, et, durant trois jours et trois nuits, les émeutes s'enchaînent. Plusieurs affrontements violents font des victimes, et
les arrestations forcées, cumulées à de longues peines de prison sont courantes.
Les 26, 27 et 28 mai 1967 restent gravés sous le signe de la terreur.
Lorsque le calme est revenu, les pouvoirs publics ont reconnu le décès de 5 civils.
Il a fallu plus de 20 ans pour que le gouvernement admette ses torts et annonce enfin, un chiffre plus réaliste de 87 victimes.
Néanmoins aujourd'hui et pour encore dix ans, les dossiers sont classé secret défense et ne peuvent être consultés. Quand pourra-t-on enfin lever le voile sur cette
tragique histoire?
La Guadeloupe doit plus que nous servir d'exemple, elle doit être l'objet de notre plus profond respect. Nous luttons non seulement pour défendre nos droits, mais
aussi pour entretenir une mémoire et pour éviter que de nouvelles tombes soient fleuries.